Interview collective des auteurs de l'anthologie Le Vampire des Origines (Ed. Lune Ecarlate) sur le site Phénix-Web.

Les questions:

Vampires des origines a reçu le prix Masterton 2016 de la nouvelle.
Chaque auteur a eu les deux questions suivantes à traiter :
— Qu’est-ce que le mythe du vampire vous a-t-il apporté, dans votre vie et dans votre écriture ?
— Pourquoi ce mythe fascine-t-il toujours autant ?

Voici mes réponses :

J’ai découvert très tôt le mythe du vampire, par le biais des contes et légendes dont j’étais friande lorsque j’étais enfant. Ces histoires me fascinaient plus que d’autres, sans doute parce qu’elles m’effrayaient. Je suis sensible et impressionnable, je suppose que lire des histoires de vampire m’aidait à apprivoiser mes propres peurs. Bien vite, j’ai approfondi le sujet, j’ai découvert les classiques, je me suis aventurée sur d’autres horizons, surtout les vampires exotiques, chinois, japonais. Ce mythe universel est tout simplement fascinant, justement par ce côté universel. Et aussi par le concept de prédation qu’il amène, qui renvoie à nos peurs ancestrales, de la nuit, de la mort et des prédateurs qui rôdaient dans l’ombre et effrayaient nos ancêtres.
Dans ma vie, eh bien, le mythe du vampire m’a amenée vers toujours plus de lectures et plus de recherches. Il m’a également servi d’alibi sur plusieurs de mes textes, soit pour amener des personnages de « méchants » – cf. la reine-vampire dans Arkem la pierre des ténèbres (tome 3) – dans une narration purement d’action (et de sensualité), soit pour incarner un symbole d’amour oscillant entre bien et mal (cf. la nouvelle La Nuit du chat gris ou la nouvelle Le regard de la mère dans le recueil Cœur à corps), soit pour évoquer un quotidien dérisoire transcendé par un évènement extraordinaire (cf. la nouvelle La vie très ordinaire du comptable Jean-Louis). En fait, ce mythe m’a tellement fascinée que j’ai même baptisé ma tortue (aquatique, donc carnivore) Dracula !

Ce mythe est universel et se retrouve chez d’innombrables peuples ou ethnies. Il donne une matérialité à une peur « abstraite » celle de la nuit, de la mort, de l’inconnu. Il remonte sans doute aux origines de l’humanité, lorsque nos ancêtres tremblaient dans le noir en attendant la griffe ou le croc qui jaillissait comme des fantômes immatériels. Il incarne aussi le penchant « sombre » de l’humanité, sa perversité, sa violence, ses travers monstrueux. Par sa morsure, lente et pleine de succions, il symbolise une sexualité exacerbée et dangereuse, car extrême. L’apprivoiser revient à apprivoiser ses angoisses, ses penchants inavoués, sa bestialité. Les « gentils » et les « méchants » vampires ont encore de beaux jours devant eux.