En suite logique à la chronique d'Alicia, du blog Come On Chicks, voici mes réponses à quelques questions posées à propros du recueil Coeur à Corps (Ed. Bragelonne).

Alicia : Je vous remercie d’accepter de répondre à ces questions sur votre recueil.
Valérie : C’est moi qui vous remercie de votre lecture et de votre intérêt, Alicia !

A: Quand vous avez écrit vos nouvelles, était-ce dans un but qu’elles soient un jour toutes réunies ? Car même dans leurs différences, elles ont beaucoup de ressemblances.
Valérie : J’ai un rapport assez étrange à la nouvelle, car ce n’est pas un format vers lequel je vais naturellement. Depuis que j’écris (et donc depuis très très longtemps), j’ai toujours eu besoin de raconter des histoires volumineuses, qui deviennent rapidement des sagas. Avec un choix naturel pour la fantasy et ses parcours épiques et romanesques. Il est très important pour moi décrire des textes que j’aimerai lire or, je n’aimais pas particulièrement lire des histoires courtes, et donc je n’avais aucune nécessité d’écrire de telles histoires.

Malgré cela, mon tout premier éditeur, Fleuve Noir, est venu me demander d’écrire une nouvelle pour une anthologie. Passé le premier moment de panique, car je n’avais JAMAIS fait ça, je suis partie sur un texte que je qualifierai de roman très court : « Histoire de Razörod le serpent » (Anthologie Fantasy, Ed. Fleuve Noir, 1999). J’en fus moyennement satisfaite, mais le retour des lecteurs sur ce texte fut suffisamment intéressant pour qu’un autre anthologiste me demande un autre texte. Il s’agissait de Jean-Marc Ligny, qui préparait une ode à l’amour et aux femmes écrivains. Ce texte-là est sorti tout seul, comme une évidence. Il s’agit de « Le loup », paru dans Cosmic Erotica, Ed. J’ai Lu en 2000.

A partir de là, l’histoire courte est devenue pour moi un format que j’ai peu à peu appris à apprivoiser, et dans lequel je me suis sentie de plus en plus à l’aise. Lorsque je suis revenue dans le monde éditorial en 2012, je me suis tout naturellement orientée vers ce support d’écriture. C’était un excellent moyen d’aborder des thèmes sur lesquels je n’avais jamais écrit, c’était aussi un support parfait pour explorer, l’air de rien, des scènes plus intimes ancrées dans mon quotidien.

Je n’avais pas particulièrement présent à l’esprit l’idée de faire un recueil. Il a fallu que je me retrouve avec une flopée de textes pour y penser ! J’ai sélectionné ceux qui m’intéressaient le plus et je les ai proposés aux Editions Bragelonne. J’étais consciente de la disparité de ces textes, qui abordaient aussi bien le zombie que le vampire ou les légendes traditionnelles comme la Vouivre ou la Bête du Gévaudan. Pourtant, il se dégageait de l’ensemble une récurrence, celle de la bestialité et de l’amour, et une certaine idée de l’humanité, tout simplement. Pour cela, je suis particulièrement fière du titre, Cœur à Corps, qui traduit parfaitement ce que j’ai cherché à exprimer dans toutes ces petites histoires.

A: Était-ce pour donner plus de réalisme qu’aucun de vos personnages n’a de fin heureuse ?
Valérie : Je suis extrêmement sensible au tragique de la vie, et pourtant, je suis aussi quelqu’un d’extrêmement optimiste. Je ressens la vie avec son côté morbide, ne serait-ce que parce qu’un jour nous devons tous mourir, mais je m’extasie aussi devant la beauté des choses et devant tous ces sentiments qui émanent de l’humanité. Nous vivons des horreurs, et cependant nous nous relevons, et nous continuons, et nous avons cette faculté de ne jamais être anéantis. Je vis dans une constante émotion. En même temps, la vie/la mort me rend très peureuse. En parler me permet d’apprivoiser ce concept. J’ai travaillé mes nouvelles comme des concentrés de vie. Des moments clés dans une existence, qu’on pourrait qualifier de fragments d’existence. Je n’ai pas été guidée par un souci de réalisme : un chat vampire, une bête du Gévaudan qui raconte ses mémoires, une vouivre qui séduit un militaire, ce n’est pas très réaliste, je l’avoue… Le seul réalisme que je concède, c’est de dire que la vie débouche obligatoirement sur la mort. Tôt ou tard.

A: Parlons chat ! Je sais que vous ne les portez pas dans votre cœur et pourtant, sur la couverture c’est le chat maléfique qu’on voit ! Et quand vous m’avez parlé du recueil, c’est de la nouvelle le concernant aussi. Une raison particulière à cet attachement ?
Valérie : Mon rapport aux chats est ambivalent. Je ne peux pas dire que je ne les aime pas. Je trouve que ces bêtes sont magnifiques. Mais je n’ai jamais réussi à développer de l’empathie avec l’un d’entre eux. Je crois même avoir été terrorisée par la chatte de ma Grand-Mère, qui était vraiment une affreuse jojo. Caractérielle, le regard glaçant, complètement asociale. Sans parler des chats qui se promenaient en douce dans le jardin de mes autres grands-parents, silencieux, fantomatiques, le regard insondable. Ils me faisaient toujours sursauter, je jouais et soudainement ils étaient là, à me regarder en silence sans que je parvienne à deviner ce qu’ils pensaient… Je me rappelle aussi avoir lu un conte chinois, où une princesse était un métamorphe devenant un chat la nuit. Mon texte « La nuit du chat gris » est né de toutes ces angoisses. Je crois qu’il véhicule quelque chose de fort et de dérangeant. Mon éditrice l’a tout de suite senti. L’illustrateur a matérialisé la « bête » qui hante mes récits sous cette forme un peu démoniaque… un œil de chat. Parce que le chat résume bien l’ambiance de mon recueil. Il est douceur, caresse, amour. Il est ombre et maléfice, insondable.

A: Et pour finir : quelle est votre nouvelle préférée ?
Valérie : Ha ha, difficile à dire ! J’aime beaucoup « La Vénus du quartier des platanes », parce que j’y parle du phénomène zombie sous sa forme traditionnelle, transposé dans un quotidien que nous connaissons bien. Il y a un gros décalage, entre le décor, tellement familier, qui est celui d’un immeuble HLM, et la situation, complètement hallucinante. J’avais aussi envie d’inverser les rôles masculin/féminin. Faire d’un homme une proie, pour changer des archétypes auxquels nous sommes confrontés depuis des millénaires. Mon zombie, il n’est pas né d’un virus, mais d’un acte esclavagiste. J’aime aborder ces idées fortes, qui parlent de femmes pas soumises, d’amour inéluctable, aussi… Et j’aime brouiller les pistes, en donnant à mes histoires un ton léger et romantique. J’espère engluer le lecteur dans un nid douillet fait d’amour et de sensualité, et parfois le réveiller dans une réflexion inattendue.