Portrait d’auteur : Valérie Simon

1°) Comment t’es venue l’envie d’écrire ?
Bonjour Mélusine.
En réalité, je ne me souviens plus exactement de la première fois où j’ai eu envie d’écrire. J’ai l’impression d’avoir toujours écrit. Je suppose que mes premiers textes datent de mes 10 ou 11 ans, peut-être même plus tôt… J’ai eu envie d’écrire parce que je lisais beaucoup et que certaines histoires me frustraient plus que d’autres. En particulier, je lisais beaucoup de science-fiction, d’aventures, des romans de cape et d’épée, des Bob Morane et tous ces récits avec des aventuriers, des indiens, des loups, des monstres. Seulement, ces romans étaient tous presque exclusivement écrits par des hommes, pour des histoires très « hommes ». Evidemment, j’ai adoré les lire, mais… il manquait quelque chose… Peut-être tout simplement le fait que le héros ne soit jamais une héroïne ? Alors j’ai écrit.

2°) Comment s’est passée la première publication ?
J’écris pour mon plaisir. Au début, mes premières tentatives de partage avec mes proches m’ont surtout amené des moqueries. Alors j’ai vite évité de demander un avis ! J’ai même plutôt écrit en cachette. Plus tard, je suis devenue graphiste dans une agence de publicité. J’avais demandé l’autorisation à mon patron de travailler mes romans durant les périodes de creux et de pouvoir les imprimer. Comme l’imprimante était dans le bureau de la secrétaire, cette dernière avait l’habitude de me ramener mes feuillets. A la fin du roman (Yanis déesse de la mort), elle m’a avoué qu’elle avait tout lu, qu’elle trouvait ça génial et qu’il fallait à tout prix que j’envoie mon manuscrit à un éditeur. Moi, je n’y tenais pas particulièrement, alors elle m’a dit qu’elle me pourrirait la vie jusqu’à ce que je le fasse. Pour lui faire plaisir, je me suis résignée à l’envoyer à un éditeur qui me semblait un peu connu, c’était Fleuve Noir. Trois semaines plus tard, je recevais un coup de fil du directeur littéraire de la collection Legend. Il voulait me publier. J’ai cru à une blague. Mais, finalement, ce n’en était pas une.

3°) Combien de romans as-tu écrits à ce jour ? Les as-tu tous proposés à des éditeurs ?
Si je ne compte pas les petits trucs que j’ai écrit quand j’étais plus ou moins gosse, on peut dire qu’à ce jour j’ai écrit 8 romans et 2 novellas. Et oui, ils sont tous chez des éditeurs.
Quatre romans ont donné le cycle Arkem la pierre des ténèbres, actuellement en réédition chez Du Riez.
Deux autres romans forment les tomes 1 et 2 du cycle de La reine des esprits, qui paraîtra aussi aux Editions du Riez. Le premier opus sera édité en mai et s’appellera Coup d’état. Le second est en cours de peaufinage. Il paraîtra en 2016.
J’ai également écrit deux autres romans qui forment un cycle appelé Mysteria IV, du nom de la planète où se déroule l’action. Il s’agit d’une série de Space Fantasy, dont le premier tome a obtenu une aide à l’écriture de la région Rhône-Alpes. Il est actuellement en lecture chez plusieurs éditeurs.
Concernant les novellas (ou romans courts), l’une d’elles paraîtra cette année aux Editions Rebelle dans le cadre d’une anthologie A la recherche de Dracula à Bucarest. Mon texte s’appelle Séismes et se déroule durant… un terrible tremblement de terre.
L’autre novella est en lecture chez un éditeur mais il est encore trop tôt pour en parler avec plus de détails. Je peux juste dire que ce sera de la Fantasy, voire même de la Dark Fantasy. Et que ce sera vraisemblablement une parution 2016.
D’autres projets arrivent tranquillement, en particulier un petit roman qui sera proposé en feuilletons. Celui-là est en cours de rédaction.

4°) Tu t’es spécialisée dans la fantasy, peux-tu nous parler de ton attrait pour ce genre ?
Eh bien, c’est très simple, j’adore écrire de la fantasy. C’est un genre qui correspond bien à mon style d’écriture : visuel, foisonnant, épique, remplis de sentiments et d’aventures, sans aucune limite dans l’étrange, avec une réelle immersion dans la nature. Je peux tout y mettre : de la romance, de la magie, de la biologie, des sciences, de l’action, des références à des légendes ou à l’Histoire, de la botanique, de l’érotisme. Je m’y sens particulièrement libre. J’adore ça. En plus, j’aime mélanger les genres : ma Fantasy ne parle pas que de magie et de dragons. Elle s’empare aussi d’autres créatures comme les vampires et les loups-garous, voire d’indigènes télépathes vivant sur une autre planète. Surtout, elle véhicule beaucoup de sentiments. Et beaucoup d’amour.
Dans mes lectures, je n’ai pas vraiment de genre préféré. Bien sûr, j’ai une attirance particulière pour l’Imaginaire, mais je cherche avant tout à être transportée par l’histoire, à devenir accro aux personnages, à leur destin. Je fais aussi attention à l’écriture et au style mais, en gros, je suis une midinette. J’aime les histoires qui reflètent des sentiments forts : l’amour, la peur, le suspense… J’apprécie le souffle épique, les aventures, le tumulte, l’évasion. J’essaie vraiment de mettre tout ça dans mes écrits.

5°) Tu écris aussi beaucoup de nouvelles. Quel intérêt trouves-tu à ce format par rapport aux romans ?
Au début, je l’avoue, je n’en voyais aucun. Je suis bavarde, j’ai besoin d’ampleur et le roman est un format idéal lorsqu’on aime l’épique. Ecrire quelque chose de court était pour moi un véritable non-sens où je n’avais pas l’intention de m’aventurer.
Et puis j’ai été sollicitée par Henri Loevenbruck et Alain Névant pour leur anthologie Fantasy 18 grands récits de merveilleux (Fleuve Noir). Un beau challenge. Et une vraie torture ! Mais mon texte (Histoire de Razörod le serpent) est paru aux côtés de Werber, Gaborit, Généfort, Grimbert, Pelot, Pagel, Colin, etc… j’en suis encore toute émue !
Ensuite, Jean-Marc Ligny est venu me chercher pour Cosmic Erotica, une anthologie féminine (J’ai Lu, collection Millénaires), où j’ai côtoyé des auteurs comme Poppy Z Brite, Pat Cadigan, Tanith Lee !!!! et j’ai vraiment commencé à apprivoiser le genre. Mon texte est « sorti » tout seul. Maintenant encore, Le Loup est une de mes histoires préférées.
Par la suite, j’ai pris l’habitude d’écrire des petits textes, y compris pendant le break qui m’a permis d’élever mes deux garçons. Lorsque j’ai décidé de revenir dans la publication professionnelle, je me suis donc tout naturellement orientée vers des textes courts. Il me permettait de parler de sujets plus graves, d’insérer peut-être des sentiments plus personnels, plus poétiques aussi… Cette approche est d’autant plus facile qu’il existe de nombreux appels à textes, aussi bien pour des anthologies, des fanzines, des revues et des sites internet. Auxquels on peut rajouter maintenant les publications numériques.
Du coup, je m’amuse beaucoup à explorer des thèmes vers lesquels je n’aurai pas osé travailler en gros format. J’adore apprivoiser du troll (Vapeurs éthyliques dans l’anthologie Sang tripes et Boyaux, La porte Littéraire), du vampire (Le regard de la mère, Editions Bragelonne), du zombie (La Vénus du quartier des platanes, Editions Bragelonne), du chat (La nuit du chat gris, Editions Bragelonne)… C’est vraiment fun.
Et puis, cela me permet d’alterner avec mon travail sur un roman, en m’oxygénant agréablement le cerveau. Finalement, écrire une nouvelle est pour moi une véritable récréation.

6°) Comment se passent tes séances d’écriture ? As-tu des techniques, des rituels ?
Mon plus gros rituel, c’est la régularité. J’écris tous les jours (même si je ralentie un peu les week-ends). J’écris en général à des heures fixes et on peut dire que je suis plutôt du matin. Je commence vers 7h30/8h mais, lorsque je suis à fond sur un roman, je me réveille naturellement vers 4h du matin, l’esprit foisonnant d’un sentiment d’urgence. Je suis prise par une hâte un peu idiote, j’ai la peur panique d’oublier une phrase qui m’est venue dans la nuit. J’ai tout le temps un carnet sur moi.
Dans ces moments d’écriture intense, je déteste être interrompue. La seule digression que je m’autorise, c’est de faire du thé. J’en bois des litres et des litres. J’aime découvrir de nouvelles saveurs, y compris parmi les infusions, mais un de mes délices préférés, c’est le thé à la menthe. On m’a appris à le faire comme à la frontière du Sahara. Avec de la menthe fraîchement cueillie dans le jardin. C’est un de mes péchés mignons.
Sinon, j’écris à peu près n’importe où, y compris en voyage, mais j’avoue que mon endroit préféré, c’est chez moi, face à la baie vitrée qui donne sur ma terrasse plein sud. J’ai déserté le bureau que j’avais installé dans une chambre, parce qu’il n’y avait qu’un velux et que je ne supportais plus d’être tournée vers un mur aveugle. J’ai investi la table de la salle à manger, face à cette fameuse baie vitrée qui donne sur mon jardin (en pots) que j’adore. Pour avoir l’esprit libre, j’ai besoin de voir le ciel, les saisons, la verdure, les oiseaux, le soleil, la lune, la pluie, le vent…  L’inconvénient, c’est que, le soir et le week-end, c’est la pièce la plus passante, et donc la plus bruyante. Alors je m’isole dans de la musique. C’est un pis-aller. Je préfère écrire dans le silence.

7°) As-tu des relecteurs, des bêta-lecteurs ? Comment les choisis-tu ?
Je ne supporte pas de faire lire un texte en cours d’élaboration. J’attends toujours que mon texte me semble le plus abouti possible, alors je me tourne vers ma seule et unique bêta-lectrice. C’est une amie de confiance, qui aime lire ce que j’écris, qui en est fan, même, mais qui demeure très objective, très réaliste, et vraiment sans concessions. Je ne l’ai pas « choisie » en tant que bêta-lectrice, c’était tout simplement une évidence. Peut-être parce que nous avons des goûts similaires dans nos lectures ? Je n’ai pas peur de son regard car je sais que ses remarques sont constructives. Elle pointe des choses que je ressens sans que je parvienne à les formuler. Elle est l’intransigeance implacable qui corrige mes moments de paresse.
Je l’apprécie d’autant plus qu’elle sait aussi me dire ce qui est bien (et ça, c’est très chouette à entendre !).
Evidemment, parfois nous ne sommes pas d’accord, mais c’est extrêmement rare. Nous avons alors des débats passionnants, durant des heures et des heures au téléphone. En même temps, la pauvre, je crois que je la torture vraiment. Elle prend ces moments de relecture sur son temps libre. Or moi, une fois le texte fini, j’ai une impatience folle. Je la harcèle véritablement. Je m’en veux, mais je ne peux pas m’en empêcher. Dans ces moments-là, elle est d’une patience exemplaire.

8°) Quels conseils donnerais-tu à un jeune auteur débutant ?
C’est bien simple : lire, lire, lire. Puis écrire, écrire, écrire.
Peut-être aussi se demander si écrire est une nécessité…
Personnellement, j’écrivais avant d’être éditée, j’ai continué à écrire pendant le gros break que j’ai fait, j’écrirais toujours même si je n’étais plus du tout éditée. Si un jeune auteur a besoin d’écrire avec cette même évidence, alors qu’il ne se pose pas de question : qu’il écrive. Puis qu’il envoie ses manuscrits. Je ne remercierai jamais assez cette secrétaire qui m’a poussée à envoyer mon manuscrit la toute première fois. Je ne le savais pas à l’époque mais, finalement, lorsqu’un texte est écrit et qu’on n’a plus rien à faire avec, il ne reste qu’un seul moyen pour le rendre à nouveau vivant : il faut le faire devenir un livre. Chaque lecture est une résurrection.